Plantes sauvages comestibles : l’incontournable et délicieuse ortie

Plantes sauvages comestibles : l’incontournable et délicieuse ortie

11 novembre 2020 0 Par Claudine

Parmi les plantes sauvages comestibles de notre région, l’une des plus facile à reconnaître est probablement l’ortie ! Vous le savez probablement déjà, elle est l’un des ingrédients de la fameuse « soupe de chalet » de nos montagnes… Mais saviez-vous qu’en plus d’être délicieuse, elle a de nombreux bienfaits autant pour vous que pour votre jardin ?

Pour la reconnaître sans peine… ouï !

Vous vous êtes sans doute déjà fait-e piquer les mollets par notre amie l’ortie, ici où là… Car elle pousse un peu partout, autant en forêt qu’en bordure de haies, de champs, ou encore au jardin. Urtica dioïca de son nom latin, ou « grande ortie » dans le langage courant, est facile à reconnaître car elle arbore sur ses feuilles et ses tiges des petits poils creux contenant de l’histamine et de l’acide formique…. Responsable de son effet urticant. Cela permet de ne jamais la confondre, car à part sa cousine l’ortie brûlante (Urtica urens, généralement moins grande et aux feuilles plus petites), elle est la seule plante urticante de notre flore ! Rassurez-vous, il est question ici de cuisiner l’ortie, et cela tombe bien car elle devient inoffensive –mais reste pleine de vertus- une fois séchée, cuite ou hachée.

Comment, quand et pourquoi la cueillir ?

L’ortie se récolte dès l’apparition des premières feuilles au printemps et jusqu’au gelée d’automne. En hiver, ses tiges aériennes sèchent et la plante survit grâce à son système racinaire. Puisqu’il s’agit d’une plante vivace poussant généralement en vastes colonies, il vous suffira de repérer les bons coins pour en récolter des paniers entiers, année après année… Car, très résistante, elle supportera que vous la ratiboisiez plusieurs fois par an.

Il est possible de la récolter soit feuille par feuille, soit en coupant les tiges entières que l’on fait sécher en bouquets, tête en bas. Contrairement à d’autres plantes, l’ortie sèche très facilement et même dans des conditions non idéales… C’est pourquoi, à moins que votre logement ressemble à une serre tropicale, vous pourrez mettre sécher vos bouquets d’orties à la cuisine près d’un radiateur ou dans tout autre endroit relativement sec et chaud. Veillez cependant à enlever les feuilles noircies, qui ne sont pas propres à la consommation, et à conserver vos orties séchées à l’abri de la poussière et de l’humidité. Et voilà ! Vous disposerez d’un précieux stock d’orties pour toute l’année.

Mais enfin me direz-vous, en quoi l’ortie est-elle si bénéfique ? En premier lieu, elle contient beaucoup de protéines : 9% de son poids frais, c’est-à-dire environ 40% de son poids sec, à peu près deux fois plus que le soja. C’est énorme ! Soit, vous ne vous cuisinerez probablement pas des « steaks » d’orties, mais pour les végétariens ou si vous souhaitez varier votre alimentation, l’ortie est un ingrédient bien utile d’autant plus qu’il est gratuit et local. Mais ce n’est pas tout : l’ortie est également très riche en vitamines A et C, en chlorophylle ainsi qu’en de nombreux minéraux nécessaires au bon fonctionnement de notre corps (entre autres du fer, magnésium, silice, potassium, calcium).

Comment la manger

A moins qu’il s’agisse de jeunes pousses, la tige ne se mange pas car elle est très fibreuse (elle servait d’ailleurs jadis à confectionner des cordes, filets et textiles). Les feuilles en revanche peuvent se déguster de bien des manières. Fraîches en salade, il faudra toutefois veiller à bien les hacher pour éliminer leur effet urticant. Ainsi hachées ou mixées, elles sont également une bonne base pour un délicieux pesto ou des jus frais (sa richesse en chlorophylle donnera à votre smoothie une allure de Shreck). Cuites, les feuilles s’utilisent à toutes les sauces : tartes, soupes, cakes… A vous de choisir ! Enfin, les feuilles séchées peuvent être utilisées pour préparer des tisanes fortifiantes ou être réhydratées dans les soupes par exemple, mais ce que nous préférons, c’est bien la poudre d’ortie : facile à stocker, elle prend moins de place que des sacs entiers d’ortie séchée et s’utilise comme condiment pour les sauces à salade, ajoutées à un potage, saupoudrée sur une quiche… Ou encore, et c’est là notre recette favorite : incorporée à la pâte à knöpfli maison !

Et les graines, alors ? Car oui, Madame ortie produit des graines : il y a en effet des pieds mâles et des pieds femelles, c’est pour cela qu’elle s’appelle « dioïque » (du grec « deux maisons », car elles portent des fleurs mâles et des fleurs femelles sur des pieds différents). Les graines fraîches ou séchées s’utilisent comme les feuilles. Réputées être la partie la plus concentrée de l’ortie en minéraux, elles sont un remède de grand-mère contre l’anémie et pour aider à la convalescence. Mais l’ortie, de façon générale, a de nombreuses propriétés médicinales sur lesquelles nous ne nous étendrons pas ici, cet article deviendrait bien trop long.  

Mais encore…

Car l’ortie est pleine de vertus non seulement pour nous mais aussi pour nos amis les plantes et les animaux. Elle est réputée stimuler la ponte des poules et la reproduction des vaches, probablement en raison de sa richesse en minéraux. Au jardin, elle est aussi utile de bien des manières : par exemple, les papillons adorent pondre leurs œufs sous ses feuilles. Abondante et remplie d’éléments intéressants pour les plantes, elle est un excellent paillage pour vos cultures. Enfin, elle peut être utilisée sous forme de « purin » fortifiant pour stimuler la pousse et la fructification de vos plants, ainsi que pour éliminer les pucerons, en arrosage (dilué !) ou en aspersion foliaire.

En cette période automnale, il n’est plus vraiment temps de l’utiliser au jardin, mais il est encore temps de la cueillir pour en faire une réserve avant l’hiver. Moi je dis : de la poudre d’orties pour les knöpflis maison, on n’en a jamais assez 🙂

Sources :

  • Couplan, F. et Styner, E. Guide Delachaux, Les plantes sauvages comestibles et toxiques. Delachaux et Niestlé, Paris, 2015, pp.29-30.
  • Lauber, K. et Wagner, G. Flora Helvetica, Flore illustrée de Suisse. 3ème édition. Editions Haupt, Berne, 2007, p.176.
  • Lefrançois, Guy. Plantes sauvages à l’usage des randonneurs. Identifier, se nourrir, soigner. Rando éditions, Ibos, 2010, pp.65-66.
  • Luu, Claudine. Les huiles de fleurs solarisées, à faire soi-même. Editions Dangles, Escalquens, 2013, p.163.
  • Roggen, C. Les Secrets du Druide. Editions du Bois Carré, Domdidier, 2016, pp. 84-87.